La prostitution étudiante s’étend

Une fable, la prostitution étudiante ? Un mythe, plutôt : la question matérielle est fondamentale lorsqu’on considère la prostitution étudiante. Avec la mise en exergue de certains témoignages et la parution récente d’œuvres littéraires et cinématographiques présentant la prostitution comme une activité volontaire permettant éventuellement à des jeunes femmes de se « faire un peu d’argent de poche », de « vivre mieux » qu’elles ne le pourraient sans recourir à cette activité, voire de suivre un « besoin naturel », à la thèse fréquente que la misère est cause de la prostitution se substitue peu à peu la thèse d’une « prostitution d’agrément ».

Dans le cas spécifique des étudiant·e·s, cette seconde thèse connaît donc un franc succès, à rapprocher sans doute de la vision dominante du « job étudiant » comme moyen de se procurer « les moyens nécessaires aux loisirs ». Mais, ainsi que le font remarquer les auteurs de l’ « Étude relative aux nouvelles formes de prostitution à Bruxelles » (1), cette situation ne répond qu’à la réalité des plus privilégiés.

Mais c’est une vision tronquée. Ce qui pousse d’abord à la prostitution, c’est le manque structurel ou accidentel de ressources. Preuve ? La précarité étudiante est importante et, surtout croissante. En dix ans, le nombre d’étudiants ayant dû s’adresser au CPAS pour se payer un logement ou à manger a carrément doublé. D’après cette étude, la prostitution étudiante est généralement une prostitution qui est avant tout liée à une situation de précarité financière, doublée d’un isolement social. « Il faut noter qu’aucun de nos témoins n’a de parents universitaires ou diplômés du supérieur. Elles et ils viennent tous de milieux plutôt défavorisés, et définissent leur situation avant l’entrée en prostitution comme «précaire » ou « très précaire ».


« Moi j’ai vraiment commencé parce que je ne pouvais vraiment plus payer mes factures, ça c’est la vérité. J’avais des dettes, je n’avais plus de gsm parce que ces connards me l’avaient coupé. J’étais vraiment dans la merde »,

raconte un des témoins de l’enquête.

La proportion d’étudiant·e·s ayant recours à une forme de « sex work » (incluant lapdance, stripshow, prostitution « classique ») oscillerait entre 3% et 6% en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui signifie environ 1800 prostitué·e·s étudiant·e·s pour la seule Région bruxelloise.

Frédéric Soumois

(1) Chedia LEROIJ & Renaud MAES, « Étude relative aux nouvelles formes de prostitution à Bruxelles », Commission communautaire commune de la Région de Bruxelles Capitale, Collectif Formation Société, octobre 2016.